Performant, sobre et particulièrement souple grâce à la boîte automatique EAT8, le bloc 1.5 BlueHDi 130 (nom de code DV5) équipe des millions de véhicules du groupe Stellantis. Pourtant, sa réputation est entachée par des défaillances mécaniques majeures, notamment au niveau de la chaîne de distribution et du système AdBlue. Entre rappels constructeurs, passage technique au format 8 mm et risques de cristallisation, est-ce encore un achat raisonnable aujourd’hui ? Ce guide décortique les failles réelles, les solutions techniques et les modèles à privilégier pour sécuriser votre investissement.
En bref :
- Le moteur 1.5 BlueHDi 130 EAT8 est un excellent choix pour l’agrément, à condition d’éviter les modèles de 7 mm non modifiés.
- La rupture de la chaîne de distribution est le risque majeur ; vérifiez la présence du bossage sur le carter moteur.
- L’AdBlue reste un point de vigilance constant qui peut être stabilisé grâce à des additifs anti-cristallisation.
- Réduisez les intervalles de vidange à 15 000 km pour protéger mécaniquement le tendeur de chaîne.
- Les modèles produits à partir de mi-2023 sont équipés d’origine de la chaîne de 8 mm et sont fiabilisés.
- Un historique d’entretien limpide est obligatoire pour espérer une prise en charge en cas de litige avec le constructeur.
Peut-on se fier au 1.5 BlueHDi 130 EAT8 ?
Si vous cherchez une réponse courte : oui, mais sous conditions strictes. Le moteur 1.5 BlueHDi offre l’un des meilleurs rapports agrément/consommation de sa catégorie. La boîte EAT8 (conçue par Aisin) est un modèle de fiabilité et de fluidité.
Cependant, la fiabilité globale dépend du millésime. Les modèles produits avant février 2023 sans mise à jour de la distribution présentent un risque réel de casse moteur. À l’inverse, les véhicules récents ou ceux ayant bénéficié d’une remise à niveau technique sont désormais considérés comme robustes. L’achat en occasion nécessite donc une vérification chirurgicale de l’historique d’entretien et des pièces installées.
Le défaut de la chaîne de distribution de 7 mm : comprendre pour anticiper
Le problème majeur de ce moteur provient d’une économie de conception. Initialement, le bloc DV5 utilise une chaîne de distribution de 7 mm pour relier les deux arbres à cames. Sous l’effet des contraintes thermiques et de la pression du tendeur hydraulique, cette chaîne s’allonge prématurément.
Lorsqu’elle se détend, elle finit par frotter contre le carter ou, dans le pire des cas, par se rompre. Une rupture de chaîne entraîne un décalage de la distribution et un choc entre les pistons et les soupapes : c’est la casse moteur instantanée. Les signes avant-coureurs sont souvent des cliquetis métalliques à froid ou un bruit de frottement côté haut moteur.
Comment identifier si votre moteur est équipé de la chaîne renforcée de 8 mm ?
Face à l’ampleur des pannes, Stellantis a modifié la production en usine. Les nouveaux moteurs reçoivent une chaîne de 8 mm, beaucoup plus résistante, et des soupapes renforcées. Pour savoir si un véhicule est « sécurisé », il faut observer le carter de distribution.
| Élément visuel | Ancienne version (7 mm) | Nouvelle version (8 mm) |
|---|---|---|
| Aspect du carter | Carter totalement plat | Présence d’un bossage (relief) marqué |
| Référence technique | Référence 98 126 472 80 | Référence 98 305 804 80 |
| Niveau de risque | Élevé (rupture possible) | Fiabilisé |
Système AdBlue et cristallisation : l’autre point noir
Le système antipollution est le second talon d’Achille. Le réservoir d’AdBlue a tendance à se déformer à cause de variations de pression atmosphérique. Plus grave encore, l’urée a la particularité de se cristalliser au contact de l’air ou par basse température, bouchant ainsi l’injecteur et la pompe.
Lorsque cela arrive, l’ordinateur de bord affiche un message d’alerte « Défaut antipollution : démarrage impossible dans X km ». Sans intervention, le véhicule se bride puis refuse de démarrer.
Les solutions pour prévenir la panne du système d’urée
Pour éviter le remplacement complet du réservoir (facturé entre 1 200 € et 1 600 €), appliquez ces conseils d’experts :
- Utilisez un additif anti-cristallisant : Versez une dose de produit type Anticrystal à chaque plein d’AdBlue pour maintenir l’urée liquide.
- Évitez le plein complet systématique : Ne remplissez pas le réservoir à ras bord pour laisser l’air circuler et limiter les déformations.
- Ne roulez pas sur la réserve : Maintenez toujours au moins un tiers du réservoir plein pour éviter que la pompe ne travaille à sec.
Entretien et maintenance : le plan de survie pour votre moteur
Le carnet d’entretien constructeur préconise parfois une vidange tous les 30 000 km. Pour un 1.5 BlueHDi, c’est une erreur stratégique. Une huile dégradée perd ses propriétés de lubrification, ce qui accélère l’usure du tendeur de chaîne.
Pour garantir la longévité de votre moteur, adoptez cette routine :
- Vidange tous les 15 000 km ou tous les ans au maximum.
- Utilisation exclusive de l’huile 0W20 (norme PSA B71 2010) ou de la nouvelle 0W30 spécifiée par le constructeur pour limiter les frictions.
- Remplacement préventif : Si vous possédez une version 7 mm, envisagez le remplacement du kit de distribution (chaîne + tendeur) dès 100 000 km, même si aucun bruit n’est audible.
Quels modèles Peugeot, Citroën, DS et Opel sont les plus touchés ?
Tous les véhicules équipés du 1.5 BlueHDi 130 entre 2018 et début 2023 sont concernés par ces risques. Voici les modèles les plus diffusés :
- Peugeot : La 3008 et la 5008 sont les plus touchées en raison de leur poids sollicitant davantage le moteur. Les 308 (II et III) et 2008 sont également en première ligne.
- Citroën : Le C5 Aircross et le Berlingo enregistrent de nombreux retours, tout comme la C4.
- DS : Le DS 7 Crossback et le DS 3 Crossback partagent exactement les mêmes mécaniques.
- Opel : Depuis le rachat par PSA, le Grandland, le Mokka et l’Astra utilisent ce bloc DV5.
Prise en charge constructeur et garanties : vos recours en cas de casse
Si la chaîne rompt, Stellantis a mis en place une grille de prise en charge dépendant de l’âge et du kilométrage du véhicule (généralement jusqu’à 5 ans ou 150 000 km).
Cependant, une condition est non négociable : vous devez présenter un carnet d’entretien à jour, réalisé de préférence dans le réseau ou avec des factures prouvant le respect scrupuleux des normes d’huile. En cas de refus de prise en charge, une expertise contradictoire peut être nécessaire pour prouver le vice caché lié à la faiblesse intrinsèque de la chaîne de 7 mm.

