La scène d'ouverture de 6 Underground dure 15 minutes. Une berline verte néon fend les ruelles de Florence à plus de 200 km/h. Personne n'oublie cette séquence. Et pourtant, le vrai personnage principal de cette course-poursuite n'est pas Ryan Reynolds. C'est l'Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio.
En bref
- La voiture Alfa Romeo du film 6 Underground est une Giulia Quadrifoglio peinte en vert néon "Sublime"
- Son moteur V6 biturbo de 2,9 litres, co-développé avec Ferrari, délivre 510 chevaux et 600 Nm de couple
- Elle abat le 0 à 100 km/h en 3,9 secondes pour une vitesse maximale de 307 km/h
- Michael Bay a utilisé 8 exemplaires réels, sans effets numériques, tournés dans le centre historique de Florence
- La voiture a été modifiée pour les cascades : frein à main hydraulique, reprogrammation ECU, pneus Pirelli P Zero Corsa
- Son apparition dans le film a provoqué une explosion des recherches Google et relancé les ventes de la marque
Quelle Alfa Romeo dans 6 Underground ?
La question revient souvent. La réponse est nette : il s'agit d'une Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio, dans une teinte verte néon baptisée "Sublime". Cette couleur n'existe pas dans le catalogue standard de la marque. Elle a été conçue spécialement pour le tournage.
Lancée en 2016, la Giulia Quadrifoglio avait une mission claire : défier les BMW M3, Audi RS4 et Mercedes-AMG C63 sur leur propre terrain. Le badge Quadrifoglio (trèfle à quatre feuilles) accompagne Alfa Romeo depuis les années 1920. Il désigne les versions les plus sportives de la marque.
Michael Bay, adepte des spectacles pyrotechniques, ne cherchait pas une supercar tapageuse. Il voulait une voiture avec une âme. Il a trouvé dans cette berline italienne "l'alliance parfaite entre beauté et bestialité".
La scène d'ouverture : 15 minutes dans Florence
La séquence est entrée dans l'histoire du cinéma d'action. Quinze minutes ininterrompues. Pas de pause, pas de respiration. La Giulia verte slalome entre les Vespa, frôle les terrasses de café, dérape sur les pavés séculaires de la Piazza della Signoria.
Ce qui rend cette séquence unique, c'est son tournage entièrement réel. Pas d'effets numériques. Pas de décors reconstituables en studio. La production a obtenu des autorisations exceptionnelles pour fermer des rues du centre historique classé UNESCO.
Les scènes marquantes
- La traversée du Ponte Vecchio : la Giulia traverse le pont florentin le plus célèbre au monde. Le contraste entre l'architecture Renaissance et la berline sportive est saisissant.
- Le saut au-dessus d'une rue en pente : la voiture s'envole littéralement et atterrit avec précision.
- Les dérapages sur pavés : le système électronique est manifestement désactivé. Les glissades sont maîtrisées par des pilotes professionnels.
Ryan Reynolds a lui-même suivi deux semaines de stage de pilotage intensif avant le tournage. Pour les cascades les plus extrêmes, le coordinateur Andy Gill et son équipe prenaient le relais.
Huit exemplaires, zéro CGI
Huit Giulia Quadrifoglio ont été engagées sur le tournage. Certaines accueillaient des caméras embarquées. D'autres étaient renforcées pour les impacts. Toutes conservaient leur moteur et leur transmission d'origine.
Les façades des bâtiments historiques longeant le parcours ont été protégées par des barrières invisibles à l'image. Les pavés exposés ont été temporairement remplacés. Aucun monument n'a subi de dommage.
Andy Gill, vétéran des cascades hollywoodiennes, a qualifié la Giulia de "l'une des voitures les plus agréables et prévisibles" qu'il ait conduites en conditions extrêmes.
Le moteur V6 biturbo : du Ferrari sous le capot
Le cœur de la Giulia Quadrifoglio mérite une attention particulière. Son V6 biturbo de 2,9 litres a été développé en collaboration avec Ferrari. Ce lien de parenté ne s'entend pas seulement dans les chiffres. Il s'entend à l'oreille : la sonorité monte jusqu'à 7 000 tr/min avec un timbre rauque et montant qu'aucun moteur allemand ne reproduit.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Moteur | V6 biturbo 2,9 L |
| Puissance | 510 ch à 6 500 tr/min |
| Couple | 600 Nm entre 2 500 et 5 000 tr/min |
| 0 à 100 km/h | 3,9 secondes |
| Vitesse maximale | 307 km/h |
| Transmission | Boîte automatique ZF 8 rapports |
| Propulsion | Roues arrière |
| Poids | 1 655 kg |
Le couple disponible dès 2 500 tr/min explique les relances explosives visibles à l'écran. La boîte ZF 8 rapports envoie la puissance aux roues arrière avec une précision chirurgicale.
Propulsion contre transmission intégrale
Là où ses rivales allemandes ont majoritairement basculé vers la transmission intégrale, la Giulia Quadrifoglio reste fidèle à la propulsion classique. Les roues avant dirigent. Les roues arrière poussent. Cette configuration offre un comportement plus pur, plus communicatif, mais aussi plus exigeant.
C'est cette propulsion qui autorise les dérapages spectaculaires du film. Le différentiel autobloquant mécanique Torsen dose finement la répartition entre les deux roues arrière.
Le châssis et le record du Nürburgring
La distribution des masses atteint 50/50 entre l'avant et l'arrière. Les suspensions à double triangulation sont directement inspirées des voitures de compétition Alfa Romeo. Le système Alfa Chassis Domain Control coordonne en temps réel les suspensions actives, la direction et le contrôle de stabilité.
Sur le mythique circuit du Nürburgring, la Giulia Quadrifoglio a établi le record absolu pour une berline de série : 7 minutes et 32 secondes. Un chrono qui place cette berline quatre portes devant des sportives dédiées à la piste.
Les modifications pour le tournage
La version de série était déjà capable. Mais pour les cascades de 6 Underground, des préparations spécifiques ont été nécessaires.
- Frein à main hydraulique : pour des dérapages ultra-précis sur les virages à 90° des ruelles florentines
- Reprogrammation de l'ECU : désactivation des sécurités électroniques en mode banc pour un contrôle total des trajectoires
- Pneus Pirelli P Zero Corsa : adhérence maximale sur pavés, même sous la pluie
- Déverrouillage électronique : manœuvres impossibles en conditions normales de série
Le moteur et la transmission sont restés strictement d'origine. Preuve que la Giulia de série dispose déjà d'une base technique suffisante pour des cascades de niveau hollywoodien.
Pourquoi la Giulia plutôt qu'une Ferrari ou une Lamborghini ?
Le choix surprend au premier regard. Michael Bay avait accès à n'importe quelle supercar. Il a choisi une berline quatre portes. Plusieurs raisons expliquent cette décision.
Le réalisme narratif : un agent opérant dans l'ombre a besoin d'une voiture crédible. Une Ferrari jaune ou une Lamborghini aurait attiré les regards dans les parkings. La Giulia offre ce paradoxe : capable de transporter quatre passagers le matin, capable de défoncer le record du Nürburgring l'après-midi.
La cohérence géographique : l'Italie comme décor appelait une voiture italienne. Placer une Alfa Romeo dans les rues de Florence créait une unité culturelle et esthétique immédiate.
Le partenariat commercial : Alfa Romeo traversait une phase de relance sur le marché américain. L'exposition offerte par un blockbuster Netflix était une opportunité rare. La marque a fourni les véhicules et un soutien technique. Le retour sur investissement a été immédiat.
Comparaison avec les autres voitures de films iconiques
La Giulia Quadrifoglio rejoint un panthéon restreint.
| Film | Voiture | Impact |
|---|---|---|
| Bullitt (1968) | Ford Mustang GT 390 | Définit le standard des poursuites au cinéma |
| The Italian Job (1969) | Mini Cooper | Transforme la Mini en icône britannique |
| Fast and Furious (2001) | Toyota Supra | Lance la culture tuning mondiale |
| Baby Driver (2017) | Subaru WRX | Revitalise les berlines sportives japonaises |
| 6 Underground (2019) | Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio | Repositionne Alfa Romeo comme sportive crédible |
Ce qui distingue 6 Underground : une durée de 15 minutes ininterrompues et un décor historique. Pas un parking anonyme. Pas une autoroute déserte. Chaque virage révèle un monument Renaissance.
L'impact du film sur la marque et le marché
Après la sortie du film en décembre 2019, les recherches Google pour "Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio" ont explosé. Les concessionnaires américains et britanniques ont rapporté un regain d'intérêt immédiat.
La teinte Rosso Competizione est devenue la plus demandée chez les revendeurs, représentant près de 40 % des commandes. Alfa Romeo a même lancé une édition limitée "6 Underground" dans certains marchés, avec des badges spéciaux et une plaque numérotée. Elle s'est écoulée en quelques semaines.
Sur le marché de l'occasion, les prix des Giulia Quadrifoglio ont progressé après la sortie. La demande pour les wraps verts fluorescents a connu un pic notable chez les préparateurs.
La Giulia Quadrifoglio en série : ce qu'il faut savoir avant d'acheter
Le film donne envie. La réalité appelle quelques précisions.
Le prix neuf tourne autour de 80 000 euros en France. Avec les options (sièges en cuir Alcantara, toit en fibre de carbone, pack carbone, peinture spéciale), la facture approche 90 000 à 95 000 euros. Sur le marché de l'occasion, les modèles 2017-2018 se négocient entre 45 000 et 55 000 euros selon le kilométrage.
Le malus écologique en France peut dépasser 10 000 euros sur les versions récentes, en raison d'émissions de CO2 autour de 228 g/km.
Les coûts d'entretien sont significatifs. Une vidange chez un concessionnaire spécialisé avoisine 300 euros. Le remplacement des freins Brembo peut atteindre 4 000 euros. L'assurance d'une sportive de 510 chevaux représente un poste à anticiper.
La consommation oscille entre 7,6 L/100 km sur autoroute stabilisé et plus de 15 L/100 km en conduite sportive.
La fiabilité a progressé. Les modèles 2016-2017 ont accusé quelques problèmes électroniques de jeunesse. Les versions 2020 et suivantes offrent une fiabilité comparable aux concurrentes allemandes selon les propriétaires actuels.
Quatre points à vérifier à l'achat
- Budget total : intégrer malus, frais de carte grise et première révision
- Coût d'assurance : demander un devis adapté avant de signer
- Historique d'entretien : exiger le carnet complet avec factures
- Kilométrage réel : les modèles ex-essai ou ex-démonstration circulent
La Giulia GTAm : la version pour puristes
Pour ceux qui trouvent la Quadrifoglio trop sage, Alfa Romeo a créé la GTAm. Allégée de 100 kg grâce à un usage massif de fibre de carbone (capot, toit, aileron), elle gagne 30 chevaux supplémentaires pour atteindre 540 chevaux. L'échappement Akrapovic en titane transforme le son en événement.
Elle tourne le 0 à 100 km/h en 3,6 secondes. Limitée à 500 exemplaires numérotés, elle s'affichait à 176 400 euros TTC à son lancement en 2021. Aujourd'hui, c'est un collector.

