Vous tombez sur une annonce alléchante. Une Clio, un Captur, un Kadjar. Moteur TCe. Prix raisonnable. Mais avant de signer, une question s’impose : ce moteur tient-il la route ? La réponse dépend entièrement de quel TCe il s’agit. Derrière ces trois lettres, Renault cache des motorisations aux destins radicalement opposés.
En bref
- Le 1.2 TCe H5Ft (2012-2016) est le moteur le plus risqué de la gamme : surconsommation d’huile, casse moteur, aucun rappel officiel
- Les 1.0 TCe et 1.3 TCe affichent une fiabilité nettement supérieure
- La date de fabrication (avant ou après mai 2016) est le critère numéro 1 pour un 1.2 TCe
- Un historique d’entretien complet réduit fortement le risque de mauvaise surprise
- Le nouveau 1.2 TCe HR12 (3 cylindres, depuis 2022) est encore trop récent pour être évalué
Fiabilité TCe : le tableau de bord complet par motorisation
Voici la synthèse de toute la gamme TCe en un seul coup d’œil.
| Moteur | Code interne | Période | Fiabilité | Verdict |
|---|---|---|---|---|
| 0.9 TCe 90 ch | H4Bt | 2012-2019 | ⚠️ Correcte après 2015 | À éviter avant 2015 |
| 1.0 TCe 90-110 ch | H4Dt | Depuis 2019 | ✅ Bonne | Valeur sûre |
| 1.2 TCe 100-130 ch | H5Ft | 2012-2018 | ❌ Très mauvaise | À éviter (surtout avant mai 2016) |
| 1.2 TCe HR12 3 cyl. | HR12 | Depuis 2022 | 🔍 Sous surveillance | Trop tôt pour conclure |
| 1.3 TCe 115-160 ch | H5Ht | Depuis 2018 | ✅ Excellente | Meilleur choix de la gamme |
| 1.6 TCe 150-205 ch | — | 2013-2018 | ⚠️ Moyenne avant 2017 | Surveiller l’électronique |
| 1.8 TCe 225-300 ch | — | Depuis 2016 | ✅ Bonne | Réservé aux versions sportives |
Le principe TCe repose sur le downsizing : réduire la cylindrée et compenser avec un turbocompresseur. Sur le papier, c’est brillant. En pratique, la qualité d’exécution a fortement varié selon les générations.
Le 1.2 TCe H5Ft : pourquoi ce moteur est le cas le plus problématique
Le 1.2 TCe à quatre cylindres, code H5Ft, est apparu en 2012. Il devait remplacer les anciens blocs en réduisant la consommation grâce à l’injection directe et une chaîne de distribution sans entretien. Le résultat a été un fiasco retentissant, connu sous le nom de Motorgate.
Ce moteur souffre de plusieurs défauts graves :
- Surconsommation d’huile : parfois jusqu’à 1 litre tous les 1 000 km
- Segmentation défaillante : les segments de pistons s’usent prématurément
- Chaîne de distribution qui se détend : risque de désynchronisation
- Fusion des soupapes : liée à des problèmes d’allumage sur certaines séries
Ces problèmes apparaissent souvent entre 50 000 et 70 000 km. C’est-à-dire juste après la fin de garantie constructeur.
Les problèmes techniques du 1.2 TCe expliqués simplement
Voici ce qui se passe réellement sous le capot. Le moteur fonctionne avec une dépression dans les cylindres plus élevée que prévu, notamment en usage urbain à faible charge. Cette dépression aspire l’huile vers la chambre de combustion. Les segments de pistons, mal dimensionnés sur cette génération, ne jouent pas leur rôle de barrière. L’huile brûle. Le niveau baisse. Le voyant au tableau de bord s’allume… souvent trop tard.
Renault avait connaissance du problème dès 2015, via une note technique interne intitulée « Actis solution 10575 ». Mais la marque n’a jamais lancé de rappel officiel. La législation européenne n’y obligeait pas, la casse moteur n’étant pas catégorisée comme un risque sécuritaire au sens strict.
Si le moteur est endommagé, le coût d’une réfection complète dépasse souvent les 6 000 €. Remplacement des pistons, de la segmentation, dépose moteur : une opération lourde qui ruine la valeur d’un véhicule d’occasion.
Symptômes à surveiller absolument :
- Niveau d’huile qui chute en moins de 1 000 km
- Fumée bleutée à l’échappement (huile brûlée)
- Bruit de chaîne au démarrage à froid
- Voyant moteur allumé de façon intermittente
Quels modèles sont concernés par le 1.2 TCe à problèmes ?
Selon UFC-Que Choisir, qui a tiré la sonnette d’alarme parmi les premiers, près de 400 000 véhicules ont été équipés du H5Ft en France.
Renault (1.2 TCe 100, 115, 120 et 130 ch) :
- Captur 1
- Clio 4
- Kadjar
- Kangoo 2
- Mégane 3 et 4
- Scénic 3 et 4
Dacia (1.2 TCe 100, 115 et 125 ch) :
- Duster 2
- Dokker
- Lodgy
Nissan (sous l’appellation 1.2 DIG-T 115 ch) :
- Juke 1
- Qashqai 2
- Pulsar
Mercedes :
- Citan (moteur 1.2 112 essence 114 ch)
Une action collective a été lancée début 2022 sur la plateforme MyLeo, avec plus de 3 000 inscrits et l’avocat Maître Christophe Lèguevaques aux manettes. À ce jour, l’affaire est toujours en cours d’instruction.
Ce que Renault a fait pour corriger le 1.2 TCe
Renault n’est pas resté inactif. La marque a proposé deux types de correctifs.
Première mesure : la reprogrammation du calculateur. Elle visait à augmenter légèrement la pression dans le collecteur d’admission, pour réduire la remontée d’huile dans les cylindres. Résultat partiel. Sur les moteurs déjà usés, cette mise à jour logicielle ne suffisait pas.
Deuxième mesure : une modification en usine à partir de mai 2016. La teneur exacte de cette modification n’a jamais été précisée officiellement. Les moteurs produits après cette date sont théoriquement plus fiables. Mais des casses continuent d’être signalées sur des véhicules fabriqués en 2017 et même 2018.
La date de fabrication reste donc le premier critère de sélection pour tout achat d’occasion d’un véhicule équipé du 1.2 TCe H5Ft.
Les moteurs TCe fiables : lesquels choisir ?
Toute la gamme TCe ne souffre pas des mêmes défauts. Trois blocs se distinguent par leur sérieux.
Le 1.3 TCe : le meilleur choix de la gamme
Le 1.3 TCe (code H5Ht) est arrivé en 2018. Il a été développé en partenariat avec Mercedes-Benz, ce qui lui confère une architecture nettement plus robuste que son prédécesseur.
Ses atouts concrets :
- Couple généreux : entre 220 et 270 Nm selon les versions (115 à 160 ch)
- Gestion thermique maîtrisée, moins sensible aux températures élevées
- Fiabilité documentée sur plus de 50 000 exemplaires en circulation
- Longévité attestée au-delà de 200 000 km sans intervention majeure
- Compatible avec les boîtes automatiques EDC sans fragilité particulière
Ce moteur équipe : Clio 5, Captur 2, Duster 3, Qashqai 2, Arkana, Kangoo 2, Lodgy, Mégane 4, Kadjar, Scénic 4, Austral. On le retrouve aussi chez Mercedes sur les Classe A, CLA et GLA.
Si vous cherchez un TCe fiable, c’est vers ce bloc qu’il faut regarder en priorité.
Le 1.0 TCe : économique et tranquille
Le 1.0 TCe (code H4Dt) a remplacé le 0.9 TCe à partir de 2019. Ce trois cylindres de 999 cm³ se distingue par son injection indirecte sur certaines versions, ce qui limite l’encrassement lié à l’injection directe.
Il est disponible en 90, 100 et 110 ch. Il existe aussi en version Eco-G fonctionnant au GPL. Ses retours terrain sont globalement positifs.
Modèles équipés : Clio 5, Captur 2, Sandero 3, Jogger, Arkana.
Ce moteur convient parfaitement à un usage urbain et périurbain. Il ne faut pas lui demander de performances sportives. Mais pour rouler au quotidien sans souci, c’est un choix solide.
Le 0.9 TCe : fiable à partir de 2015
Le 0.9 TCe (code H4Bt) a connu quelques défauts à ses débuts entre 2012 et 2014 : surconsommation d’huile, faiblesses sur les joints de culasse. Renault a corrigé ces points dès 2015.
Les retours depuis lors sont encourageants. Des propriétaires dépassent les 100 000 km sans intervention notable. Il faut simplement adapter sa conduite aux limites mécaniques d’un petit trois cylindres : pas de démarrage à froid brusque, vidanges régulières, surveillance du niveau d’huile.
Les légères vibrations propres aux trois cylindres sont présentes, mais restent dans une plage acceptable au quotidien.
Le nouveau 1.2 TCe HR12 (3 cylindres, depuis 2022) : verdict trop tôt
Ce moteur n’a rien à voir avec le H5Ft. C’est un bloc totalement nouveau, trois cylindres, portant le code interne HR12. Renault l’a souvent commercialisé sous les appellations « mild hybrid » ou « E-Tech full hybrid » pour éviter l’association avec le mauvais souvenir du 1.2 TCe précédent.
Il équipe aujourd’hui :
- Austral (130 ch mild hybrid / 200 ch full hybrid)
- Espace 6
- Rafale (jusqu’à 300 ch en PHEV 4×4)
- Duster 3
- Bigster
- Clio 6 (version 115 ch sans hybridation)
Les premières remontées sont mitigées sur l’Austral E-Tech full hybrid 200 ch : quelques immobilisations prolongées et des casses prématurées ont été signalées. Les versions plus simples (sans double hybridation) semblent mieux s’en tirer.
Le bilan reste trop partiel pour conclure. Ce moteur mérite surveillance avant tout achat en occasion.
Comment vérifier la fiabilité d’un TCe avant d’acheter en occasion ?
Dans 80% des cas de pannes graves recensées, les véhicules concernés présentaient un historique d’entretien incomplet ou des vidanges trop espacées. C’est le premier point à vérifier.
Checklist avant tout achat d’un véhicule TCe d’occasion :
- Demandez le carnet d’entretien complet avec factures
- Vérifiez la date de fabrication (cruciale pour le 1.2 TCe H5Ft)
- Contrôlez le niveau d’huile avant l’essai et après le trajet
- Écoutez le moteur à froid : bruit de chaîne anormal ?
- Méfiez-vous des véhicules suivis exclusivement hors réseau officiel
- Privilégiez les modèles post-2017 pour plus de sécurité
Les signes d’alerte à repérer sur un 1.2 TCe d’occasion
Sur un 1.2 TCe H5Ft, certains signaux doivent vous faire renoncer à l’achat :
- Niveau d’huile en baisse rapide entre deux vidanges (signe de consommation excessive)
- Fumée bleutée à l’échappement, surtout en décélération
- Claquement ou cliquetis au démarrage à froid (chaîne de distribution usée)
- Voyant moteur allumé de façon récurrente (le voyant s’allume souvent tardivement sur ce moteur)
- Absence de factures d’huile dans l’historique (signe d’entretien négligé)
Un vendeur honnête ne refusera pas de vous montrer l’historique complet. Dans le doute, passez votre chemin.
Entretien du moteur TCe : les règles à ne pas négliger
Un moteur bien entretenu peut durer très longtemps. Même un 1.3 TCe, pourtant réputé solide, peut être fragilisé par une négligence.
Règles d’entretien à respecter pour tous les TCe :
- Vidange tous les 15 000 km maximum (ou une fois par an)
- Utilisez une huile conforme aux normes RN17 ou RN0700/RN0710
- Vérifiez le niveau d’huile tous les 1 000 km (surtout sur les 0.9 et 1.2 TCe)
- Renouvelez le liquide de refroidissement tous les 3 ans, même en l’absence de préconisation constructeur
- Évitez les démarrages brusques à froid : laissez le moteur monter en température
Pourquoi cette rigueur ? Un petit moteur suralimenté fonctionne avec des pressions de suralimentation supérieures à 1 bar et des températures élevées. Il est plus exigeant qu’un gros bloc naturellement aspiré. L’huile se dégrade plus vite. Les tolérances mécaniques sont plus serrées.
Un TCe bien entretenu est un TCe qui dure. La question n’est pas seulement de quel moteur il s’agit. C’est aussi de comment il a été traité.

